|
Site
http://www.philagora.net -
Rubrique Lettres http://www.philagora.net/frindex.htm
Electre de Jean
Giraudoux. Vive la vérité!
page 6
"J'ai la justice,
j'ai tout"
_________________________________
|
Pendant qu'elle s'éternise
dans son interrogatoire, les ennemis "ont forcé le passage", "la
ville meurt", "on s'égorge dans les rues". A présent Electre
"n'a plus rien. Pourtant elle est sereine et assurée.
Est-ce là un cri d'orgueil et de revanche? Nous
serions tenté de le penser et de condamner sans réserve le monstrueux acharnement qui
conduit à un tel désastre familial et national. Voyons plus attentivement ce qu'ont apporté
de positif la détermination d'Electre et son dévouement absolu à la vérité.
Elle libère Agathe, qui
"passe dans son camp", d'une existence de mesquineries et de mensonges et qui
trouve la force de dire la vérité à un mari qu'elle trompe et qu'elle méprise.
"Merci Electre tu me donnes la vie".
Clytemnestre au lieu de l'aveu que sa fille
voulait lui arracher lance comme un chant de triomphe son "hymne à la
vérité". C'est pour elle une jubilation que de clamer le mépris
d'Agamemnon si longtemps contenu. "Pouvoir crier sa haine au mari que l'on hait,
quelle volupté!". Elle y ajoute un mépris sacrilège: "sais-tu ce que j'ai
fait le jour de son départ, Electre, son navire encore en vue? J'ai fait immoler le
bélier le plus bouclé, le plus indéfrisable" (Agamemnon était très vain de ses
boucles). Extraordinaire, non?
Mystérieusement, sa présence agit sur
Egisthe, le régent sans états d'âme. Elle provoque sa conversion ou pour parler comme
le mendiant l'amène à "se déclarer". Il a gagné "la franchise".
C'est comme si les dieux l'avait soudain rendu "sage et juste", s'ils avaient
"changé le parasite en juste, l'adultère en mari, l'usurpateur en roi", s'ils
en avaient fait "un bloc d'honneur"
| |
La
vérité est donc libération!
|
Si Electre en faisant traîner les choses a
provoqué la destruction de sa ville c'est qu'elle ne veut pas sauver une ville
d'"hypocrisie et de corruption" dont elle est la "conscience". Un
magnifique dialogue oppose Electre à Egisthe enfin éveillé à sa mission, (lisez la
scène 8 de l'acte II), il oppose l'idéalisme de la première qui parle
"en jeune fille" au réalisme du second qui
parle "en roi". Il va nous donner à réfléchir, par exemple:
-Electre: "Si tu mens et laisses mentir, tu auras une patrie prospère? Si tu caches
les crimes, ta patrie sera victorieuse?...Pauvre patrie". "Quand le crime porte
atteinte à la dignité humaine, infeste un peuple, pourrit sa loyauté, il n'est pas de
pardon" ...
A Egisthe qui la supplie de lui laisser sauver
ses sujets elle rétorque: "Je sauve leur regard".
A côté de ces deux personnages de haute stature, la médiocrité "égoïste"
de Clytemnestre commente sans chercher à comprendre: "La justice d'Electre consiste
à ressasser toute faute", et réclame qu'on la saisisse et qu'on la tue.
La noblesse nouvelle d'Egisthe répond à cette aigre rancune "laissez
Electre,
déliez Oreste" (sa confiance hélas sera mal récompensée); Nous comprenons à
présent la réponse confiante d'Electre à la mise en cause des Euménides "te
voilà satisfaite Electre, la ville meurt! - Me voilà satisfaite. Depuis une minute"
(elle vient d'apprendre la mort des meurtriers de son père: la ville est purifiée).
" S'ils sont innocents ils renaîtront".
Et nous savons que
Giraudoux est de son côté puisqu'il laisse comme elle le dernier mot à l'espérance:
"Comment cela s'appelle-t-il quand le jour se lève comme aujourd'hui et que tout est
gâché...?" Interroge la vieille Narsès.
Electre révélant sa parenté d'âme avec
le mendiant répond "demande au mendiant, il sait" et le mendiant:
"Cela a un très beau
nom, femme Narsès, cela s'appelle l'aurore"
Aller à la page
7 "l'oncle Egisthe"
Aller
à Giraudoux/index pour lire les autres pages sur Electre
Aller à "j'aime le français"
Retour à la page
d'accueil de philagora
|