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Francis
Ponge.
Le platane,
un texte
face à l'avenir!
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Si on suit la métaphore de la bombe qui
s'élance dans le temps vers un avenir, cela implique que le texte de Ponge doit pouvoir
s'arracher aux circonstances du présent de sa création et que l'engagement de l'oeuvre
n'est qu'occasionnelle: il faut donc que le texte s'envole vers l'avenir comme le pompon
du platane et soit susceptible de s'enraciner aussi dans les différents contextes des
lecteurs: toujours nouveau et toujours lui-même le platane produira son effet dans
l'avenir: l'ombrage.
à Louis Aragon
LE PLATANE
OU LA PERMANENCE
Tu borderas toujours notre avenue française pour
ta simple membrure et ce tronc clair, qui se départit
sèchement de la platitude des écorces,
Pour la trémulation virile de tes feuilles en haute
lutte
au ciel à mains plates plus larges dautant que tu fus
tronqué,
Pour ces pompons aussi, ô de très vieille race,
que tu
prépares à bout de branches pour le rapt du vent
Tels quils peuvent tomber sur la route
poudreuse
ou les tuiles dune maison
.. Tranquille à ton devoir
tu ne ten émeus point :
Tu ne peux les guider mais en émets assez pour
quun
seul succédant vaille au fier Languedoc
A perpétuité lombrage du platane.
Francis Ponge |
Le
platane, pour Francis Ponge qui le publie dans "Poésie 42", une revue
résistante, en mai 1942, est d'abord l'arbre français, le résistant dans cette
"sombre période", la figure du "devoir à accomplir", que les morts
de camarades ne font pas hésiter, n'émeuvent pas.
Mais c'est aussi ce qui par la
vertu de l'art de Francis Ponge "se départit" de tout cela pour épouser
d'autres circonstances, celles du lecteur qui recevra alors le texte dans sa vie, qui
éprouvera le choc de la bombe, de ce devoir, de cette permanence, de cette opiniâtreté
à laquelle, quelles que soient les circonstances, le platane nous convie.
Joseph Llapasset
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