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Rubrique philo-poche, cours sur Philagora http://www.philagora.net/philo-poche/
Le
travail (page1
et page 2)
B) Les
formes sociales du travail.
D)
Des perspectives encourageantes pour le XXI ème siècle
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B) Les
formes sociales du travail.
Si l'individu dans le travail qui lui est proposé est privé d'un ou
plusieurs éléments du processus, il est en même temps privé de la
liberté et de l'intelligence que manifestait cet élément. On comprend
que des formes "tronquées" du travail peuvent être source de
déshumanisation et d'aliénation?
-
Origine
du travail aliéné:
ce n'est plus le désir, la liberté, c'est le besoin, la
nécessité, la faim.
Si l'homme vend sa force de travail, il s'en dépossède et renonce
au désir puisqu'il renonce à ce qui pourrait réaliser son désir:
il est asservi à la satisfaction des besoins, après le travail,
grâce au salaire. En vendant sa force de travail pour un salaire
qui lui permettra de se nourrir et de recommencer, l'individu se
soumet à ses appétits, à ses besoins, à la nécessité d'une
nature: se nourrir.
-
La
division du travail,
la répartition des tâches, puis la décomposition des tâches en
éléments simples, singe le mécanisme naturel, le déterminisme,
un enchaînement de causes et d'effets avec pour conséquence de
confisquer à l'individu le pouvoir d'inventer.
La première figure du travail aliéné c'est qu'il est inventé
par un autre, avec l'exclusion de l'initiative, de l'imagination, de
l'usage de la raison.
-
La
réalisation
devient pour lui simple organisation du travail par un autre,
deuxième figure du travail aliéné, ce qui marque
l'asservissement de la tâche: enchaînement de gestes devant un
tapis roulant, monotonie, lutte perpétuelle et épuisante pour
faire attention malgré l'habitude et l'ennui: caissières
surveillées par la machine qui exige que tant de produits soient
"passés" à la minute, marquent bien la disparition de
l'initiative, de l'intelligence, comme si l'individu n'était plus
qu'un objet naturel qui suivrait des lois.
-
Quant
au produit, il
sera payé selon la quantité de travail faite par l'ouvrier. C'est la
troisième figure du travail aliéné, le produit profite à un
autre. On lui expliquera, dans le meilleur des cas, qu'il est
impossible de lui donner la part de l'inventeur, celle de
l'organisateur, celle du propriétaire des moyens de production
etc... Reste, après toutes ces soustractions, à lui payer ce geste
machinal que n'importe qui pourrait d'ailleurs faire à sa place
avec à l'horizon son remplacement par une machine asservie à une
intelligence artificielle.
Autant dire que le travail aliéné, creusant sa propre tombe,
disparaîtra.
Progrès quantitatifs nécessaires, amélioration des conditions de
vie de tous, disparition des famines dans le monde du travail, tout
cela, dont on ne peut contester la valeur, a eu pour prix
l'émiettement du travail car courir d'une tâche à l'autre c'est
une grande perte de temps.
C'est dire que la division ou mieux la séparation du travail
intellectuel et du travail manuel, avec pour conséquence
l'aliénation du travailleur manuel, a été le prix du progrès.
Mais qui déplore la disparition d'un tel travail?
D)
Des perspectives encourageantes pour le XXI ème siècle.
Si la page se
tourne sur le travail en miettes (fait par les robots), le travail ne
disparaît pas: notre société reste centrée sur le travail ce qui
prouve bien qu'il a simplement changé de formes et que les nouvelles
figures qu'il manifeste expriment la liberté et l'intelligence de
l'homme.
Parce
qu'elle est orientée vers le progrès fondé sur la science et la
technique et qu'il n'y a pas de science et de technique sans des
individus, la société moderne reconnaît le travailleur comme un
fondement et valorise ses connaissances comme son expérience.
Ce qui intéresse, ce n'est pas la manière de travailler mais
l'utilité, le résultat de son travail. Il est donc considéré du
point de vue de sa fonction, au service du progrès, au service de tous
et d'abord de lui même. On attend
de lui une autonomie qui calcule les moyens d'un résultat: autant dire
que le travailleur contemporain peut récupérer, s'il le veut, sa marge
de manœuvre et la liberté de la réalisation. Voilà pourquoi il
importe peu qu'il travaille au sein d'une entreprise ou chez lui (voir
le développement du télétravail qui "économise" dans
certains cas, des heures de déplacement).
La
société moderne valorise donc l'efficacité, l'application, le
sérieux de la fonction et surtout la compétence: valoriser la
compétence c'est valoriser l'individu.
La compétence c'est d'abord le domaine dans lequel on a le droit
d'agir: cette liberté, dans des frontières, qui s'interdira d'agir
hors de son domaine. C'est une sorte de politesse, de maîtrise de soi,
de concentration sur un domaine qui est gage d'efficacité et de
responsabilité par rapport à ce qui a été confié. La
compétence c'est donc la capacité de faire par soi même une tâche en
tenant compte de ce que les autres font.
Parce que la compétence n'est jamais définitive, tout individu doit se
recycler: mais qu'est-ce que se recycler sinon développer sa culture,
se rendre capable d'agir, développer sa liberté d'action.
S'il y
a une grande espérance dans la jeunesse actuelle -l'épanouissement
dans la vie et donc dans le travail- on peut dire que de multiples
formes de travail, proposées, ou à inventer, assurent que cette
espérance peut être réalisée les efforts de la jeunesse font
pour acquérir des compétences.
Qui ne se réjouirait de voir se répandre cette autonomie calculatrice
qui permet à l'individu, au travailleur de se débrouiller tout
seul?
Qui
croira que sans compétition loyale, il pourrait y avoir justice et
égalité?
Pistes de lecture:
1776- Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la
richesse des nations (Gallimard 1976).
1894- Marx, Le Capital, livre III.
1949- Sartre, "Matérialisme et révolution, dans Situations
III, (Gallimard page 197 à 199).
1990- M. Henry, Du communisme au capitalisme. (Éditions Odile
Jacob).
Quelques citations:
"Le travail est l'activité médiatrice, qui consiste à
produire et à acquérir des moyens particularisés appropriés à des
besoins également particularisés." Hegel, Principes de la
philosophie du droit.
"Au moyen de quelques guillemets Sancho (= Stirner) transforme
ici "tous" (=tous les individus) en une personne, la société
en tant que personne, en tant que sujet" Marx, L'idéologie
allemande, Éditions Sociales (p.233)
"Ce qui fait la valeur morale de la division du travail ...
c'est que, par elle, l'individu, reprend conscience de son état de
dépendance vis à vis de la société" Durkheim, La division
de travail (p.396)
"Les micro-unités de travail, si elles constituent le seul lot
de l'ouvrier et de l'ouvrière, rivés à elles durant des semaines, des
mois, des années, ne peuvent être transfigurées par la
solidarité." Friedmann, Le travail en miettes (p.140).
Des citations: -
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