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Rubrique
épistémologie http://www.philagora.net/epistemo/rubrique.htm
La métaphysique en question
par Francis Guibal.
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- Non-sens linguistique -
C'est sous le double signe d'une rationalité positive et
logique que se développe un premier assaut. Au nom du réalisme expérimental,
on exige de toute proposition "synthétique" (I) qu'elle puisse donner lieu à une
vérification au moins possible par les "faits"; faute de quoi, elle
constitue un énoncé arbitraire et dénué de sens. A ce principe classique de
la tradition empiriste vient s'ajouter un idéal plus spécifiquement moderne de
clarification logique et linguistique: un discours n'est susceptible de validité
et de communicabilité rationnelles que s'il peut exhiber une cohérence
univoque exempte de toute ambiguïté, qu'elle soit d'ordre purement formel
(mathématique) ou qu'elle vise à une formalisation opératoire de
l'objectivité (sciences de la nature). Pour la pratique qui tente de lier ainsi
rigoureusement l'expérience et la théorie, "une proposition ne constitue
une assertion cognitivement douée de sens et ne peut donc être dite vraie ou
fausse que si elle est ou bien
1)analytique ou contradictoire, ou bien
2) susceptible, au moins en principe, d'être soumise à un
test par l'expérience" (2).
Dès lors, toute prétention de discours
cohérent portant sur l'uni-totalité de l'être et du sens ne peut qu'être
dénoncée comme vide et insensée; la "métaphysique" est une
construction théorique à laquelle fait défaut tout critère rationnel. Si
elle peut bien exprimer un certain "sentiment de la vie" (Carnap), de
caractère esthétique ou religieux, son tort fondamental est de chercher -en
vain- à projeter sur le plan du discours théorique ce qui relève de la seule
création "poétique".
Non-sens spéculatif, la métaphysique est une illusion, une maladie de la
pensée et du langage: le discours tourne à vide en cela même qu'il croit
construire de sublime. La tâche, dés lors, n'est point tant de combattre une
telle vacuité, plutôt de dissoudre ses prétentions en montrant d'où
s'engendre cette fausse problématique; il s'agit de procéder à une analyse
thérapeutique, à un "nécessaire travail d'élimination des énoncés
ambigus et, ce qui est encore plus utile, des questions ambiguës et dénuées
de sens ou des pseudo - problèmes" (3). Mais la clarté ainsi visée et
obtenue est celle du seul entendement analytique, qui limite par principe son
investigation à une intelligibilité de type opératoire. Peu importe à cet
égard que l'on explore le domaine de l'expérience objective, celui des
structures formelles ou des systèmes symboliques; car il s'agit toujours de
savoir, en procédant à des découpages, agencements et combinaisons,
"comment ça fonctionne", à quelles lois obéit le jeu du monde, des
signes et de l'esprit. De l'être, bien sûr, mais également du sujet ou du
sens, il ne saurait même être question ici; la métaphysique y est bien
morte, non seulement par exclusion méthodologique, mais faute d'utilité, de
pertinence et finalement d'intérêt.
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