Ornières (p. 112).
"A droite, l'aube d'été
éveille les feuilles et les vapeurs, et les bruits de ce coin du parc, et les talus de gauche
tiennent dans leur ombre violette les mille rapides ornières de la route
humide".
La lumière indécise d'un
matin fait naître des fantasmagories: le défilé magique d'un
cirque, puis un cortège funèbre.
Rimbaud se laisse aller, pour
une fois aux émerveillements de l'enfant qu'il n'a pas cessé d'être.
Mais, irrémédiablement pessimiste, il brise, en finale, la douce féérie
par l'évocation de la mort.
Villes (p. 113).
Dans un décor de carton-pâte,
le monde entier s'agite sous nos yeux, avec ses paysages, ses coutumes,
ses légendes. Sommes-nous à la Foire du Trône, dans une exposition
universelle, sur l'Olympe, au Walhalla?
Nous sommes emportés dans un
tohu-bohu, un vertige de couleurs, de formes, de mouvements, qui tour à
tour nous ravissent et nous effraient.
Ce catalogue étourdissant
nous fait entrevoir le fonds inépuisable des culture, des connaissances,
des mythologies, qui nourrissent la sensibilité et les fantasmes
de Rimbaud. On peut comprendre qu'il aime s'y réfugier.
Vagabonds (p. 115).
Rimbaud évoque ses errances
avec un compagnon de route misérable. La recherche de ce qui les délivrerait
d'un mal-être cauchemardesque se déroule dans une atmosphère
insupportable de rêves mal accordés, de disputes, d'insomnies
et de précarité.
Malgré les déboires et les
chamailleries, on sent un lien fort entre ces deux personnages, qui se
sont mis en marge du monde, pour retrouver l'impossible: "l'état
primitif de fils du soleil".
Ainsi condamnés à l'insatisfaction,
ils fuient toujours vers ailleurs.
Villes (p. 117).
Dans cette ville d'un modernisme
stupéfiant, tout est effrayant, par le gigantisme, la complexité,
l'artifice, l'inhumanité. Cet urbanisme résolument novateur crée
un désert glacial, d'où l'esprit s'échappe vers une sorte de campagne
encore préservée.
La prescience de
Rimbaud, en ce qui concerne des villes nouvelles encore à naître à son époque,
nous révèle une puissance conceptuelle bien remarquable, et un
jugement sain.
Il nous
montre, là encore, un désir de tout changer qui se solde par un échec.
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Veillées ... C'est l'aube
!