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Rubrique Littérature : http://www.philagora.net/frindex.htm 

LES FLEURS BLEUES de Raymond Queneau.

-X- Rêves - Fantasmes -

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  Un fameux dormeur. Quoi qu'il en soit, Cidrolin tient à sa sieste! 

il y passe une grande partie de son temps, et ses rêves comptent plus pour lui que la vie courante. Ainsi, il remarque: "Il y a des rêves qui se déroulent comme des incidents sans importance de la vie éveillée, on ne retiendrait pas des choses comme ça, et cependant, elles intéressent".
Il sent que la frontière est mince, entre songe et veille: "peut-être ai-je rêvé", dit-il volontiers. Il doute, parfois, de la réalité, et même de sa propre réalité. En sortant du cinéma, il se demande s'il n'a pas dormi et inventé le film. Il déclare à ses enfants: "Quand ça se met à tourner en rond, que je demande où je vais basculer, il vaut mieux que ça s'arrête tout de suite, je perdrais les pédales, j'arriverais dans les temps anciens ou futurs, on ne sait pas...", et il demande malicieusement à Lalix: "qu'est-ce qu'il vous a dit de moi, pour que je m'identifie?

Ses rêves le passionnent, il les attend, les contrôle, il y suit son histoire de France, il regrette, un jour, d'être parti se promener au moment où il allait vivre la Prise de la Bastille! 
A l'état de veille, il reconnaît certains personnages, retrouve certaines situations, rappelons-nous ce qu'il répète: "ça me dit quelque chose..." Quand aura lieu la rencontre surréaliste entre rêveur et rêvé, il acceptera sans trop se poser de questions ce groupe étrange venu on ne sait d'où. Il parlera tout naturellement au gardien Labal du désir qu'ont les chevaux de voir Paris, "vous rêvez!" proteste le penseur.
Pourquoi cette passion du rêve?
Cidrolin trouve dans le sommeil un refuge contre la dureté de la vie. En dormant, il élimine les drames et les tracas, pour se créer une existence à sa convenance. Alors qu'un de ses gendres suggère de lui offrir la tévé: "ça empêcherait son cerceau de ruminer", sa fille Lamélie affirme: "sa sieste, c'est encore son meilleur cinéma".
Ce garçon, discret par la force des choses, car il vient de passer des mois en prison, alors que, si on l'en croit, il était innocent (nous tâcherons de tirer cela au clair), puise une compensation dans le personnage vif et dominateur qu'il incarne en rêvant. 
Quelle revanche, pour celui qui a toujours obéi à d'autres, qu'on vient de traiter comme un moins que rien, qui se fait tout petit, tout poli, tout gentil, qui cherche à se faire oublier, de pouvoir injurier, cogner, maltraiter à son aise! quel défoulement extraordinaire!.. 
Cèder à ses pulsions agressives en toute impunité, qui, un jour ou l'autre, n'en pas rêvé?...
Si! si! je vous assure! Tenez, en voici une preuve quenellienne, tirée de Zazie dans le Métro, c'est la réponse de la petite fille, à qui on pose la question rituelle: "que veux-tu faire plus tard
- Moi, dit-elle, je veux être institutrice pour faire chialer les mômes... je leur piquerais le derche..." (cette réflexion, je la cite de mémoire, m'a tellement fait rire qu'elle m'est restée).
Lalix viendra pour le tirer de ce monde sans consistance, et l'amener à exister vraiment. C'est ainsi que je comprends leur départ à tous deux, lorsqu'ayant rompu l'ancrage, ils disparaissent vers des espaces plus larges et moins protégés.

- Fantasmes!

Avez-vous remarqué comme il y a peu de couleurs?
Mis à part quelques traces d'orangé un soir, et le flamboiement multicolore des expériences alchimiques dont le duc garde un souvenir nostalgique, on ne trouve pas de véritables couleurs, plutôt des miroitements, des grisés, des passages d'ombre et de clarté, des noirs et des blancs. Malgré cela, on s'y croit tout autant que dans un film ancien.
Allons plus loin: trouvons-nous dans ces pages des éléments très précisément descriptifs qui définiraient un aspect, une taille, une allure? (il y a une exception, c'est un portrait soigneux de Riphinte). Avons-nous observé que les adjectifs, qui, justement, pourraient donner ce genre de renseignement, sont rares? 
Oserai-je dire qu'en dépit des apparences, le domaine visuel reste relativement abstrait?
Ainsi, serions-nous capables de dire de quelle teinte sont les cheveux de Lalix, si elle est jolie fille, bien en chair ou maigrichonne? 
Spontanément, nous définirions le duc comme un personnage haut en couleurs, mais c'est pure illusion. A-t-il le visage rougeaud du bon vivant? Ses cheveux grisonnent-ils? Nous apprenons vers la fin, qu'il est "lourdaud", mais est-ce un petit homme, ou une armoire à glace? On ne nous le dit pas.
Regardez Russule: "une radieuse apparition", douée d'"une esthétique impeccable". Pourrions-nous esquisser son portrait à partir de cette vision (si on peut alors parler de vision) très abstraite, sauf la vive impression lumineuse?
La fameuse clôture, savons-nous seulement si c'est en bleu, en rouge vif ou en vert, qu'elle est si soigneusement repeinte? 
Nos personnages parlent et s'agitent, nous comprenons leurs paroles et leurs agissements, nous croyons les voir, mais voyons-nous autre chose que des ombres? 
Continuons. Parce que le style est souvent trivial, on serait tenté de dire que ce récit est truffé de gauloiseries, mais voyons-nous beaucoup de passages crus ou "épicés"? Il y a les mentons dégoulinants de salive des amoureux-ventouses, le "floc" de Cidrolin soulageant sa bedaine après son gueleton, le "bruit allègre du jet se brisant à la surface de l'eau", lorsque le duc va "pisser dans le fleuve", la sympathique réaction de Sthène, qui "crotta de dépit"..
C'est à peu près tout! 

=>Aller à la page suivante:  Où en sommes - nous avec les fleurs bleues de la tendresse?

I.Du français pur beurre!

II. Notre histoire de France

III. Une écriture,
pas possible!

IV. Plein d'astuces.

V.  Du Rabelais!

VI.Ça sent si bon la France

VII.Des gens de chez nous

VIII. Une famille sympa 

IX. Le bleu des rêves

X. Rêves, fantasmes

 

XI. Où en sommes-nous?

XII. Le bleu de la tendresse  

XIII. Le meilleur ami de l'homme

 

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